La vie de Jackie Kennedy Onassis à travers ses bijoux
La vie de Jackie Kennedy Onassis à la Maison Blanche et au-delà a été marqué par des moments emblématiques, placés sous le signe des diamants.

Jacqueline Kennedy Onassis déambulant dans les rues de New York dans les années 1970. (Getty Images)
À bien des égards, la conception moderne de ce qu’est et de qui est la Première Dame des États-Unis remonte encore à Jacqueline Kennedy Onassis, qui a laissé une empreinte indélébile sur ce rôle bien qu’elle ne l’ait occupé que pendant deux ans, dix mois et deux jours, et qu’elle ne l’ait pas nécessairement souhaité au départ. Cependant, comme pour la plupart des aspects de sa vie, elle a redéfini non seulement le rôle de Première Dame, mais aussi sa propre vie selon ses propres termes, une sensibilité qui a marqué son goût pour la mode, la décoration d’intérieur et les bijoux.
Ce qui a fait de Jacqueline une Première Dame si singulière tient en partie au caractère historique de son couple avec John F. Kennedy, l’un des plus jeunes couples présidentiels à avoir fait leur entrée à la Maison Blanche à l’ère moderne. Leur jeunesse a apporté un souffle de fraîcheur à l’administration, non seulement dans le ton, mais aussi dans leur façon d’appréhender le pays et son héritage culturel.
Rencontre avec l’expert

- Jalil Johnson est un écrivain, une référence en matière de mode et une personnalité médiatique basé à New York.
- Les analyses de Jalil sur les tendances du secteur, le style et ses recommandations de produits ont été publiées dans le New York Times, Harper’s Bazaar, le Wall Street Journal et le Financial Times. Vogue l’a désigné comme l’un des « nouveaux visages du street style », et il a collaboré avec des marques telles que Ralph Lauren, Gap, Away et Bergdorf Goodman.
Jacqueline, profondément influencée par son amour de la France et son approche de la préservation du patrimoine, s’est donné pour mission de réaménager la Maison Blanche d’une manière qu’elle jugeait digne de la « Maison du Peuple ». Son instinct de conservation va de pair avec son goût pour les bijoux et, par extension, pour les diamants naturels. Le caractère historique et la valeur patrimoniale de ces pièces font écho à la même impulsion qui l’a conduite à fonder la White House Historical Association en 1961.
L’Association a contribué à obtenir des financements pour le vaste projet de restauration et de redécoration de la Maison Blanche, tout en aidant à la recherche de pièces d’importance historique. Avant cette initiative, les meubles et objets précieux étaient souvent emportés par les administrations sortantes ou, dans certains cas, vendus en bloc. L’Association a également été créée pour empêcher que cela ne se reproduise. Comme elle l’a expliqué lors d’une visite télévisée de la Maison Blanche en 1962 : « Cela m’a semblé tellement dommage, lorsque nous sommes arrivés ici, de ne trouver pratiquement rien du passé dans cette maison, pratiquement rien d’avant 1902. »
Elle a ajouté : « Je sais que lorsque nous sommes allés en Colombie, le palais présidentiel renfermait toute l’histoire de ce pays. Là où se trouvait Simón Bolívar, chaque meuble avait un lien avec le passé. Je pensais que la Maison Blanche devrait être comme ça. » Ce même respect pour la continuité allait plus tard influencer la manière dont elle allait porter les bijoux qu’elle collectionnait.
Au-delà de son travail de restauration de la Maison Blanche, on se souvient bien sûr d’elle pour son goût et son style irréprochables, qui s’exprimaient non seulement à travers la mode, mais aussi à travers ses bijoux en diamants, lesquels évoluaient au gré des changements de sa vie tout en restant à la fois contemporains et intemporels.
Avec une sœur fashionista comme Lee Radziwill et une mentor comme Diana Vreeland, elle était vouée à faire partie du grand monde. Elle fut l’une des premières clientes de couturiers tels que Givenchy et Valentino, dont elle porta une création lorsqu’elle épousa le magnat du transport maritime Aristote Onassis en 1968.

Si le style de Jackie est resté tout au long de sa vie résolument personnel – sophistiqué, moderne et imprégné d’une sensibilité européenne –, il peut être appréhendé à travers trois grandes phases, chacune correspondant à des moments charnières de sa vie : ses mariages avec deux hommes à forte personnalité, puis l’affirmation de son indépendance, marquée par son travail de rédactrice chez Doubleday. À l’instar de ses choix vestimentaires, ses bijoux ont suivi le même rythme, influencés non seulement par ces changements personnels, mais aussi par l’influence de mentors et d’amies telles que Rachel Lambert « Bunny » Mellon et Jayne Wrightsman.
Nous allons maintenant découvrir certains de ses bijoux les plus emblématiques, de ses années à la Maison Blanche comme des décennies qui ont suivi, avec des pièces signées David Webb, Jean Schlumberger pour Tiffany & Co. et Van Cleef & Arpels.
Jackie Kennedy Onassis portant la broche en diamant en forme de soleil, datant du XVIIIe siècle

Cette barrette en diamants, qu’elle a notamment portée le 11 mai 1962 lors d’un dîner d’État en l’honneur du ministre français de la Culture André Malraux, a été acquise au prix d’une certaine prodigalité. En 1961, après un voyage éprouvant au Pakistan, elle s’est rendue à Londres pour se reposer en compagnie de sa sœur Lee et du mari de celle-ci, Stas Radziwill. Pendant son séjour, elle est tombée sous le charme d’une barrette antique en diamants chez Wartski’s, sertie de diamants de taille européenne ancienne et de taille simple,montés sur platine.
Consciente qu’un nouvel achat extravagant risquait de déclencher une nouvelle dispute avec John F. Kennedy, elle choisit d’échanger plusieurs de ses bijoux pour compenser le coût. Parmi ceux-ci figuraient une grande aigue-marine offerte par le gouvernement brésilien, une broche en diamants qu’elle avait reçue en cadeau de mariage, un bracelet en saphirs et diamants de Van Cleef & Arpels, une épingle en or et émeraudes, ainsi qu’une poignée de bijoux en or divers. Même après tout cela, elle dut encore débourser 2 000 dollars supplémentaires pour acquérir cette barrette, selon Sarah Bradford, autrice de America’s Queen. Jackie continua à porter ce bijou tout au long de sa vie, tantôt comme barrette à cheveux, tantôt comme broche.
Jackie Kennedy Onassis portant le bracelet « Jackie » en émail et diamants, Schlumberger pour Tiffany & Co (1962)

Ce bracelet « Croisillon » lui avait d’abord été offert par sa confidente et mentor, Rachel Lambert « Bunny » Mellon. Jackie aimait tellement ce bracelet qu’elle se mit à collectionner des modèles de différentes couleurs et de différents designs, certains ornés de diamants éparpillés sertis dans des chatons en or. Son attachement pour ces bracelets était si bien connu qu’ils finirent par être surnommés par la presse les bracelets « Jackie »
Jackie Kennedy Onassis portant les boucles d’oreilles « Athena » de David Webb

Selon Levi Higgs, responsable des archives et du patrimoine de la marque chez David Webb, la relation de Jackie avec la marque remonte à avant son passage à la Maison Blanche, certaines pièces figurant dans son catalogue Sotheby’s datant des années 1950. En tant que Première Dame, elle a chargé David Webb de créer des cadeaux destinés aux dignitaires en visite aux Etats-Unis, à partir de minéraux américains, afin non seulement de mettre en valeur la beauté du pays, mais aussi de souligner les capacités créatives des joailliers américains.
L’une de ses pièces David Webb les plus célèbres était une paire de boucles d’oreilles chandelier , qu’elle porta notamment lors d’une corrida en Espagne et au Metropolitan Opera à la fin des années 1960. Ces boucles d’oreilles, réalisées en or, sont ornées d’émeraudes et de rubis en cabochon, avec des diamants taille brillant entourant les rubis et les tiges, et se terminent par une perle en forme de goutte.
La bague de fiançailles « Toi et Moi » de Jackie Kennedy Onassis

Les origines de la bague « Toi et Moi » remontent à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Napoléon Bonaparte fit sa demande en mariage à Joséphine de Beauharnais. Compte tenu de l’origine française de cette bague, il est tout à fait logique qu’une francophile comme Jackie, d’origine française de surcroît, en possède une. Sa bague de fiançailles est attribuée à Van Cleef & Arpels et a été choisie par son beau-père, qui la mettra plus tard en relation avec Oleg Cassini lorsqu’il s’agira de concevoir sa garde-robe pour la Maison Blanche.
La bague de fiançailles d’origine était sertie d’une émeraude colombienne de 2,84 carats et d’un diamant taille émeraude de 2,88 carats. Les pierres étaient serties sur une monture de style « bypass » en or jaune et platine, rehaussée de diamants taille baguette effilés. Elle finira par faire redessiner la bague en 1962, remplaçant les diamants taille baguette par des pierres taille marquise disposées en couronne de laurier sous les deux pierres principales, et ajoutant des diamants ronds taille brillant sur la moitié avant de l’anneau.
La bague de fiançailles « Lesotho III » de Jackie Kennedy Onassis

En 1968, Aristote Onassis a demandé Jackie en mariage avec un diamant de 40 carats taille marquise acheté chez Harry Winston. La pierre était entrée en possession de Harry Winston l’année précédente, lorsque Ernestine Ramaboa, l’épouse du chercheur de diamants Petrus Ramaboa, avait découvert une grosse pierre brute brunâtre au Lesotho, en Afrique du Sud, et l’avait immédiatement reconnue comme un diamant, malgré son état loin d’être idéal.
Jackie portait rarement cet énorme diamant, comme c’était d’ailleurs le cas pour la plupart des bijoux que lui avait offerts Onassis. Bien qu’elle possédât une vaste collection, elle privilégiait systématiquement les pièces plus sobres et plus élégantes, préférant souvent porter à nouveau ses préférées plutôt que de miser sur les plus ostentatoires.











