Diamant 101

Diamant Naturel : un Secret de Taille

Souvent méconnue, la taille permet de révéler la brillance, le feu et le scintillement du diamant tout en conditionnant la forme de la pierre. Sa qualité a une importance décisive dans le prix de la pierre. Explications.

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Jeudi 11 mai 2022, « The Rock », un diamant blanc de 228.31 carats, le plus gros jamais vendu aux enchères, a été adjugé 17,8 millions d’euros. Sa forme poire met en exergue le rôle essentiel de la taille, dont la qualité influe sur le scintillement de la pierre et donc de son prix. Décryptage.

Crédit Photo : Christie’s

Le destin hors norme du diamant à travers les millénaires est justifié par des attributs exceptionnels. Ces attributs sont parfaitement quantifiables. La célèbre règle des 4 C (pour Carat, Cut, Clarity et Color) mesure très précisément le poids, la taille, la pureté et la couleur de chaque pierre.  La taille est certainement le paramètre le moins connu et pourtant son importance est décisive car elle permet d’exalter le caractère et l’âme de la gemme précieuse.

D’un point de vue historique tout d’abord, l’art de la taille a révélé au monde l’éclat inimitable du diamant. Longtemps cette pierre précieuse a été auréolée de mystère en raison de sa dureté sans équivalent. Le mot diamant lui-même, qui provient du grec ancien -ἀδάμας – adámas – « indomptable » atteste l’originalité de cette pierre que personne ne pouvait dompter, c’est à dire que personne ne pouvait tailler. Il fallut attendre le 15ème siècle pour que des développements technologiques autorisent enfin le facettage de la pierre, favorisant ainsi la popularité du diamant en Europe. Auparavant, la gemme pouvait être utilisée en joaillerie sous sa forme cristalline naturelle, notamment l’octaèdre. Le perfectionnement du travail lapidaire – conjointement à l’arrivée en Europe, grâce aux nouvelles voies maritimes tracées par les grands explorateurs portugais, d’un flot plus important de diamants – contribua à des innovations majeures. Ces innovations, développées notamment à Bruges puis à Anvers dans le sillage des compagnies à charte des Provinces-Unies (Pays-Bas) aboutirent progressivement aux tailles que nous connaissons aujourd’hui.

D’un point de vue technique ensuite, la taille pratiquée par un diamantaire, éclaire l’exceptionnelle virtuosité des artisans qui ont façonné au fil des siècles la légende du diamant à l’issue d’un long apprentissage. L’organisation des facettes reflètera la symétrie sous-jacente de la structure cristalline. A l’issue d’une procédure exigeante exécutée sur une machine à facette, le diamant affichera un équilibre plaisant entre les reflets internes de sa lumière, connus sous le nom de « brillance », une dispersion forte et colorée communément appelée « feu » et des éclairs aux couleurs vives baptisés « scintillation ». Les angles utilisés pour chaque facette joueront un rôle crucial dans le résultat final : selon la taille, la pierre sera transparente et sans brillance ou au contraire sera étincelante et brillera véritablement de mille feux. 

Triple Excellent

Tasaki – Atelier Aurora
Plus la taille sera réussie, plus le diamant brillera. La maison Tasaki, grâce au diamantaire japonais Masanobu Ebisutani, fut l’une des premières à proposer des diamants avec une taille obtenant la note Triple Excellent.
Tiffany & Co. 
La meilleure taille de l’industrie, « Triple Excellent », est attribuée aux diamants ayant une excellente note en termes de précision de la taille, symétrie et polissage.Tous les diamants de fiançailles blancs taille brillant certifiés et tous les diamants Tiffany True® ont une taille « Triple Excellent ».

Il est important de savoir qu’un certificat fourni avec la pierre garantit une évaluation impartiale en assignant une note (excellente, très bonne, bonne, moyenne et médiocre) à chacun des trois critères suivants :  la précision de la taille, la symétrie et le polissage. Ce classement conditionnera le prix de la pierre : ainsi un brillant avec la classification « excellent » pourra valoir jusqu’à 15 % de plus qu’une catégorie inférieure. Certains diamantaires virtuoses ont considérablement amélioré la qualité de la taille au cours de ces dernières années. Ainsi, le diamantaire japonais Masanobu Ebisutani, grâce à des améliorations technologiques, fut l’un des premiers à obtenir la note 3EX (« Triple Excellent ») sur 100% des diamants taille rond brillant de la maison Tasaki. Les maisons les plus exigeantes, comme Tiffany & Co. ne proposent plus désormais que des diamants ayant atteint cette note ultime.

Question de formes

D’un point de vue esthétique enfin, la taille – qui définit la manière dont les facettes d’un diamant et la lumière interagissent, conditionne la forme future de la pierre. La forme décrit l’apparence géométrique d’un diamant. Ces formes aux noms évocateurs – cœur, marquise, triangulaire, coussin – sont innombrables et les collections de haute joaillerie exaltent cette diversité. Cartier met volontiers en exergue les diamants facettés à degrés – comme les kite ou les shield – si propices aux compositions architecturales ou les tailles anciennes, comme la briolette, qui dotent la pierre de charme et de mystère.

Cartier Collier Coruscant Collection Sixième Sens
Une multitude de formes existe. Cartier emploie volontiers les diamants facettés à degrés comme les Kite ou les Shield, propices aux compositions architecturales ou les tailles anciennes, comme la briolette, nimbées de charme et de mystère. Ici, le collier Coruscant de la collection de Haute joaillerie Sixième Sens.

Seule une poignée de formes règne en majesté dans l’offre joaillière contemporaine. La première, indétrônable, est bien entendu la taille brillant rond. Sa paternité revient à l’anversois Marcel Tolkowsky qui développa en 1919 la formule mathématique aboutissant à la taille d’un diamant en 58 facettes décomposées de la manière suivante : la table, 32 facettes entre la table et le rondiste puis 24 facettes entre le rondiste et la colette. Considérée à juste titre comme la base de la taille moderne, la taille brillant continue d’exercer son irrésistible attrait sur l’immense majorité des bijoux modernes en raison de son éclat sans équivalent. Chaumet en propose depuis l’année dernière une version en quelque sorte améliorée, baptisée taille Impératrice, dotée de 88 facettes qui incendient la pierre. Non seulement la gemme démultiplie l’intensité de ses rayons lumineux, mais elle semble plus volumineuse grâce à un caprice optique.


Chaumet Bague taille impératrice
La taille rond brillant domine l’offre joaillerie en raison de l’éclat exceptionnel prodigué par cette forme de diamant. Depuis l’année dernière, la maison Chaumet propose une nouvelle taille, baptisée impératrice qui exalte davantage encore la brillance de la pierre.

A la deuxième place du podium, règne la taille princesse qui trouve son origine dans la taille Barion. Elle apparaît dans les années 60 et constitue une version carrée du brillant ; sa forme définitive est achevée en 1979. Son nom la désigne au bijou romantique et notamment aux bagues de fiançailles. Autre motif de popularité : son prix est généralement plus bas que celui d’un diamant brillant de même proportion en raison précisément de son processus de taille qui fait perdre moins de matière à la pierre. De plus, sa forme carrée d’une belle simplicité lui permet de dialoguer avec d’autres formes de diamant. Parce qu’elle brille moins qu’une taille brillant, la taille princesse nécessite une excellente qualité de polissage.

La taille princesse est la deuxième forme la plus prisée, derrière la taille rond brillant. Ici, sertie sur une bague Tiffany & Co.

A la troisième place du podium figure le diamant coussin qui séduit par son attrait intemporel et classique, avec ses bords doux et arrondis. L’absence d’arêtes vives communique à la pierre une aura vintage tout en galvanisant ses feux et sa dispersion tandis que les diamants ronds assurent davantage de brillance ou de retour de lumière blanche. Cette taille, l’une des plus profondes avec une table plus petite que la plupart des autres formes, est réservée aux diamants d’un poids important. Ayant été adoptée par de nombreuses célébrités, telle que Gisèle Bündchen, Jennifer Aniston, Anna Hathaway ou Meghan Markle, cette taille régulièrement utilisée au 19ème siècle pour les boucles d’oreilles connait un regain de popularité considérable en raison précisément de son élégance royale : c’est en effet la taille des grands diamants historiques tels que le diamant Hope, le diamant Régent ou le diamant Tiffany.

Diamant Hope – Harry Winston
La taille coussin est celle des pierres historiques comme le Hope, le Regent ou le Tiffany Diamond. Cette taille séduit pour son élégance royale.

Le Tiffany Diamond serti sur une parure créée par Jean Schlumberger

La taille Émeraude, qui fut longtemps réservée aux pierres de couleurs, s’applique désormais avec panache aux diamants. Avec la taille baguette, qui tire son nom de la baguette française et qui est volontiers adoptée par les joailliers parisiens dans des compositions sophistiquées et Art Déco, elle fait partie de la famille des tailles à degré. Son avantage principal, au-delà de l’originalité conférée par la sobriété de son apparence et de sa forme allongée particulièrement flatteuse au doigt, consiste dans le fait qu’elle préserve davantage le poids du diamant brut par rapport aux tailles brillantes. Elle met particulièrement en valeur la couleur et la pureté de la pierre. 


Messika Paris – Collier Eternal Soul
Les tailles à degré façonnent les plus belles créations de la joaillerie française. Ici une création haute joaillerie de la Maison Messika.

La taille Ovale, qui peut être décrite comme une combinaison de diamant taille brillant et de taille poire, retrouve également la faveur des clientes qui aiment sa forme allongée ayant la particularité, tout comme la taille Poire, de prolonger le doigt. Et donc, de l’amincir visuellement. En outre, elle convient parfaitement aux femmes qui ont de petites mains ce qui explique sa popularité en Asie. Moins brillante que la taille ronde, elle convient particulièrement aux diamants de couleur comme le prouve le célèbre Pink Star, l’un des diamants roses les plus chers du monde.

La taille ovale allonge le doigt. Ici, une bague Graff taille ovale.

La taille Poire, également prénommée pendeloque, connaît également une vogue nouvelle grâce notamment aux grands joailliers qui ne l’emploie plus simplement en pendentif (on pense notamment au collier somptueux arborée récemment par Victoria Beckham avec la pierre offert par David Beckham pour le baptême de Brooklyn) ou en paire de boucles d’oreilles (le diamant poire est plus beau lorsque la larme est attachée à la chaine avec l’extrémité pointue) mais également en bagues sur des montures en halo. C’est la taille choisie par le prince Albert de Monaco pour la bague de fiançailles offert à la première dame monégasque. Sa sensualité qui l’apparente à une goutte d’eau ou une larme de parfum s’invitant sur la peau en a fait une pierre de choix pour la collection de haute joaillerie Chanel dédiée aux 100 ans du célèbre N°5.  Cette forme prospère également sur « The Rock », le plus gros diamant blanc jamais proposé aux enchères : la pierre a été vendue par Christie’s le 11 mai dernier pour 17,8 millions d’euros. De quoi contribuer à renforcer le prestige de cette taille un temps délaissée et désormais objet de toutes les convoitises.

Boucles d’oreilles N°5 SIGNATURE BOTTLE en or blanc, diamants et cristal de roche. Chanel, collection de haute joaillerie N°5 
1 diamant taille poire 1,55 ct D IF. 
1 diamant taille poire 1,54 ct D IF
La sensualité de la taille poire l’apparente à une goutte d’eau ou une larme de parfum. C’est une des tailles de prédilection de la collection Chanel Haute Joaillerie dédiée aux 100 ans du N°5.
Crédit Photo : Christie’s
Une multitude de taille existe. Les grands joailliers exaltent cette diversité dans leur collection de haute joaillerie pour ciseler leur signature. La forme poire revient notamment en faveur, grâce à des pierres d’exceptions comme The Rock, vendu par Christie’s le 11 mai dernier pour 17,8 millions d’euros.