L’univers du Diamant

Journée de la Terre : Cette Scientifique Nous Dévoile la Vérité sur les Diamants Durables

Au cours de ses 30 ans de carrière, la scientifique environnementale Allison Rippin Armstrong a découvert certaines vérités sur les habitats naturels et les diamants naturels.

Océan Arctique près de Kugluktuk, Nunavut. Photo: Allison Rippin Armstrong

On ne peut parler de la Journée de la Terre sans évoquer les diamants naturels durables- après tout, chacun d’entre eux est sur terre depuis au moins un milliard d’années (vraiment !) et provient directement du noyau dynamique de la Terre. Remonter ces pierres précieuses à la surface demande des compétences et du soin, surtout si vous souhaitez vous assurer que la faune et les communautés autour de leur extraction soient traitées elles-mêmes comme des entités précieuses. (Alerte spoiler : nous le faisons.)

C’est là qu’intervient Allison Rippin Armstrong, une scientifique à la pointe de la protection de l’environnement et de l’exploitation minière durable. Son travail consiste à s’assurer que, lorsqu’il s’agit de diamants naturels, les personnes et la planète soient considérées à une place égale – et elle tient sa promesse depuis plus de 30 ans.

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Voici comment cette résidente de la Nouvelle-Écosse a commencé sa carrière, comment les communautés autochtones influencent son travail, ce que cela fait d’être à l’intérieur d’une mine, et comment les amoureux des diamants pourraient bientôt porter littéralement une empreinte carbone à leurs doigts.    

Lorsque vous êtes à un dîner et que quelqu’un vous demande « Que faites-vous ? », que répondez-vous ?

Je réponds que je suis une professionnelle, quelqu’un de passionnée par l’excellence et la gouvernance environnementale et sociale. Je suis également une conseillère, mais vous savez, je ne me suis jamais considérée comme une experte.

Mais vous êtes une experte !

Je suis toujours étonnée quand les gens se qualifient eux-mêmes d’experts ! Comment pouvez-vous n’avoir plus rien à apprendre ! Je fais ce métier depuis 30 ans, et je continue d’apprendre. C’est un domaine en constante évolution, comment peut-on être un expert dans quelque chose qui change à la vitesse de l’éclair ? Je dis donc que je suis plutôt une conseillère, une professionnelle et une apprenante. C’est ainsi que je me décris.

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Équipe de prélèvement d’échantillons sous la glace au Nunavut. Photo : Allison Ripping Armstrong.

Pourquoi vous êtes-vous impliquée dans le monde du diamant ?

Je me considérais un peu comme une militante, et j’avais tellement entendu parler des mines d’un point de vue environnemental que je savais que je devais en voir une. Je me suis donc rendue dans une mine d’or dans le nord de l’Ontario, au Canada, et j’ai été fascinée. J’avais 21 ans et j’avais tellement de questions !

À quoi ressemble réellement une mine ?

C’est bien plus qu’un site dans le sol. C’est vraiment une communauté et une petite entreprise en elle-même. Chaque fois que je vais dans une mine, je parle aux employés. Je parle à certaines des entreprises locales de la ville. Je parle aux résidents, car les résidents sont les experts de leur propre maison, autant que les scientifiques de l’environnement. Et dès ma première visite, j’ai été très curieuse de l’ensemble de l’industrie et de ses impacts, alors j’ai commencé à poser des questions, et j’ai réalisé que j’étais passionnée par le fait de faire les choses correctement, et d’apprendre des gens sur le terrain.

Quel a été votre premier emploi ?

J’ai travaillé avec des organisations et des gouvernements autochtones, en particulier avec la Première Nation des Dene Yellowknives, puis avec la Nation Dene qui travaillait au nom de tous les Denes vivant dans les Territoires du Nord-Ouest, et dans d’autres provinces aussi – parce qu’après tout, une province canadienne est une délimitation coloniale, et non le reflet des territoires traditionnels autochtones. Et bien que j’eusse reçu une éducation formelle universitaire, ce fut ma véritable éducation. J’ai eu la chance de partager du temps avec des Anciens, vous savez, c’est ce qui m’a permis de mettre en pratique tout ce que j’avais étudié à l’université sur le terrain.

Quelle est la chose que vous avez apprise de ces Anciens en matière d’environnement ?

Lorsque les scientifiques parlent de la terre – lorsque je parlais de la terre en tant que biologiste – on pense à la terre, à l’air, à l’eau… On divise les choses en différentes catégories et en différents habitats. Et quand je suis avec les Anciens autochtones, et qu‘ils parlent de la terre ? C’est un tout, parce que tout est relié. De plus, ils ne parlent pas seulement de ce que l’on peut voir, sentir et expérimenter maintenant sur la terre. Ils parlent du passé, du présent et de l’avenir.  Une fois, j’étais sur le bord du fleuve Yukon. Je parlais à des Anciens des Premières nations de la région, et ils parlaient de chansons et d’histoires que leurs grands-mères leur avaient racontées, que les grands-mères de leurs grands-mères leur avaient racontées ! Et j’ai réalisé que ces personnes étaient liées à cet endroit précis d’une manière que je ne pourrai jamais comprendre.

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La Rivière Yukon. Photo : Allison Rippin Armstrong

Comment cette vision de la planète et de sa faune contribue-t-elle à votre travail sur les diamants ?

Nous examinons les conditions de base préexistantes sur un site minier, l’impact pendant l’exploitation et l’impact sur le monde à l’avenir. À leurs yeux, le temps que nous passons sur terre n’est qu’un clin d’œil. Nous devons donc envisager ces choses sous l’angle d’un temps complet pas momentané. Le diamant est sur terre depuis plus longtemps que nous, et il le sera plus longtemps que nous. Comment s’assurer que ceux qui viennent après nous aient encore un monde pour ce diamant ?

Selon vous, comment la justice environnementale et les diamants peuvent-ils coexister ?

C’est une excellente question. Vous savez, pour les personnes qui travaillent avec les diamants, ce ne sont pas des articles de luxe. Ce sont des emplois. C’est de l’argent réinjecté dans la communauté. C’est de l’argent réinvesti dans la protection de la terre. Et ils le font spécifiquement – du moins dans mon travail ! – avec la participation, les avantages et le leadership des communautés autochtones qui sont les premiers gardiens de la terre. Et là où j’ai travaillé, au Botswana et au Canada, j’ai vu des diamants se transformer non seulement en emplois, mais aussi en écoles et en fermes. Au Botswana, par exemple, les compagnies minières savent qu’elles doivent investir dans la production et la sécurité alimentaires afin de travailler avec la terre et ses habitants. Elles investissent dans des enseignants pour leurs écoles, dans des techniques agricoles durables et dans des experts pour les aider dans leurs pratiques agricoles. Les diamants sont synonymes de routes, d’hôpitaux, de postes de soins infirmiers, d’installations d’eau potable et d’autres choses que les mines financent et apportent à ces régions. Et ils contribuent à l’émancipation des femmes.

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Route menant au site d’exploration au Yukon. Photo : Allison Rippin Armstrong

Oh, comment les diamants font-ils partie d’une économie dirigée par les femmes ?

Au Botswana, une femme m’a dit : « Je suis le produit de l’exploitation des mines de diamants ». Ce qu’elle voulait dire, c’est que son éducation et son université (dans son pays même) avaient été financées par les mines et leurs fondations… Il est également important de noter que si vous vous rendez dans une mine de diamants et que vous regardez autour de vous, vous verrez des femmes à la tête de nombreux secteurs de l’industrie. Il y a des femmes qui conduisent les machines, des femmes qui sont géologues, des femmes qui sont ingénieurs en électricité et en structure. Et le financement des femmes permet de financer des communautés entières – enfants, aînés, tout le monde. C’est le meilleur investissement que vous puissiez faire.

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Photo : Lucara Diamond

Est-il vrai que certains diamants naturels peuvent capturer le carbone de l’atmosphère ?

Oui ! Il a été prouvé que certaines kimberlites peuvent piéger le carbone de l’air. Beaucoup d’argent est consacré à cette recherche en ce moment. De grands progrès sont également réalisés dans le domaine de l’environnement.

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Professeur associé testant une kimberlite dans le bâtiment des sciences de la terre, Université de l’Alberta, Edmonton. Photo : Groupe De Beers.

De quelle autre manière les chercheurs font-ils progresser l’environnement grâce aux diamant ?

Je suis très heureuse de constater qu’à l’échelle mondiale, un certain nombre d’entreprises ont pris des engagements en matière d’action climatique… J’aimerais que cela se produise davantage dans d’autres secteurs et dans d’autres lieux ! Je suis vraiment heureuse de voir que l’augmentation et le maintien de la biodiversité sur les sites miniers deviennent la règle… La façon dont l’eau est conservée et protégée est également importante. Et je suis très enthousiaste de voir le nombre d’entreprises qui s’orientent vers les énergies renouvelables et qui les intègrent aux techniques d’extraction. Nous installons des panneaux solaires comme principale source d’énergie. Ainsi, non seulement les mines minimisent leur impact, mais elles investissent également dans des technologies et des ressources qui contribuent activement à la préservation de la planète.